Interview de Bastien Poupat, supporter de Bordeaux et co-auteur de l’ouvrage “Ultra, mode de vie”

Interview de Bastien Poupat, supporter de Bordeaux et co-auteur de l’ouvrage “Ultra, mode de vie”

Lorsque l’on a contacté Bastien en octobre dernier afin de l’interroger sur le groundhopping, passion qui occupe ses week-ends depuis maintenant plusieurs années, celui-ci a gentiment accepté de nous répondre au téléphone sous une pluie diluvienne, depuis Buenos Aires.
En effet, Bastien, amoureux de la culture footballistique sud-américaine, était en plein milieu d’un nouveau week-end de groundhopping à l’étranger.
Vous pourrez alors découvrir les réponses d’un passionné, qui a parcouru de nombreux pays, afin de se plonger dans la rencontre “Voyage-Football”, et vivre des expériences uniques que, seul le football au stade peut procurer.

1) D’où te vient cette passion du groundhopping ? Qu’est-ce qui te plaît le plus lorsque tu la pratiques ?

 

Cette passion me vient du mouvement ultra français qui m’a attiré, avec l’idée de découvrir d’autres stades, d’autres cultures de supporterisme, et d’autres ambiances.

Je voulais donc voir comment se comportaient les supporters de football ailleurs qu’en France, dans le monde entier.

Personnellement j’aime beaucoup l’Italie, mais j’ai également fait du groundhopping en Turquie, en Amérique du Sud (en Argentine, en Uruguay, au Paraguay), et dans beaucoup d’autres pays européens, comme l’Espagne, l’Angleterre, ou encore l’Ecosse.

S’agissant des aspects positifs, mis à part l’aspect footballistique et la passion des tribunes, c’est aussi le fait de pouvoir voyager, de découvrir des destinations que je n’aurais jamais faites pour des vacances par exemple.

En effet, l’avantage du groundhopping est qu’il permet d’aller hors des sentiers battus.

On peut citer l’exemple de Belgrade, où je me suis rendu pour le derby entre le Partizan et l’Étoile Rouge.

Je pense que c’est une ville que je n’aurais pas faite si je ne pratiquais pas le groundhopping.

De même, je peux parler de l’exemple d’Asunción au Paraguay, dont je suis tombé totalement amoureux de la ville, de la culture, des gens.

Pour résumer, cela permet donc de voyager dans des endroits non touristiques, sans se contenter d’aller à Ibiza, en Sicile, ou encore en Sardaigne.

Ainsi, les expériences sont certainement bien plus enrichissantes que pour un voyageur « lambda ».

 

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2) Comment organises-tu un déplacement (financement, transport, seul ou en groupe) ?

 

Etant passionné de football, je regarde les calendriers des différents championnats qui tombent début juillet et je coche les matchs qui m’intéressent, surtout les derbys en réalité.

Je choisis donc à l’avance, et pas toujours les matchs où l’aspect sportif est le plus intéressant car en plus, on ne connaît pas à l’avance les résultats et qui jouera le titre par exemple.

Ainsi, je sélectionne les matchs en ciblant sur les derbys ou alors les matchs avec un gros antagonisme entre les supporters, où cela sera chaud et où l’ambiance sera intéressante.

Ensuite je pose mes congés par rapport à ces matchs.

Parfois le mardi, le mercredi pour la Ligue des champions et donc là c’est assez simple car peu de collègues décident de prendre leurs congés sur ces jours là.

Puis, si c’est le week-end, je demande mon vendredi ou mon lundi en cas de gros voyage.

Je regarde ensuite les billets d’avion.

On peut alors souligner que l’expansion du low cost a permis à beaucoup de découvrir le groundhopping, car auparavant cela n’était pas abordable financièrement.

Aujourd’hui, avec Easyjet, Ryanair, on peut aller à Porto ou à Londres depuis n’importe quelle ville française pour un coût très faible, avec des billets aller-retour pour vingt euros, ce qui était inimaginable il y a quelques années !

Enfin, il faut réserver les hôtels ou les auberges de jeunesse les moins chers et partir avec son sac à dos et son appareil photo, afin d’être bien équipé pour voir le ou les matchs sélectionnés préalablement.

 

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3) Ta meilleure et ta pire expérience de groundhopping ?

 

L’expérience la plus sympa, et le match qui m’a marqué et qui me marquera certainement à vie c’est, sans aucun doute, le classico de Rosario en Argentine.

Le match Rosario-Newell’s Old Boys c’est vraiment ce que j’ai fait de plus fou.

C’est encore mieux qu’un River-Boca, qu’un Penarol-Nacional, qu’un derby de Rome, qu’un derby de Milan.

Tout est vraiment très disproportionné dans ce classico !!

Rosario, cela reste la troisième ville argentine, mais une ville à taille humaine et la ville ne vit qu’autour de cette rencontre, même trois semaines avant le match et encore deux ou trois semaines après le match.

C’est incroyable de voir comment s’est concentrée cette rivalité.

Il faut aussi savoir que Rosario c’est la seule ville en Argentine où les supporters de Boca et de River ne sont pas majoritaires donc c’est un point très important.

C’était vraiment dingue et impressionnant.

De plus, pour l’anecdote, la ville est totalement coupée en deux pendant quelques jours, puisque même les poteaux électriques sont peints aux couleurs des deux clubs, c’est totalement hallucinant !

En dehors de cela, je garde aussi un très bon souvenir du derby de Rome en Italie, ou de matchs avec un gros antagonisme politique et la présence des deux extrêmes, comme Livourne-Hellas Verone, où cela peut devenir très chaud.

S’agissant d’un regret je n’en ai pas forcément, mais je dirais peut-être des stades anglais.

On sait que les stades anglais sont aujourd’hui aseptisés depuis de nombreuses années, mais il y a encore quelques coins où je pensais que cela pouvait être sympa d’aller voir un match.

Néanmoins, si l’on parle du football il y a de la qualité, il n’y a pas de doute là dessus.

Pour autant, lorsqu’on pratique le groundhopping on n’est pas là pour cela et donc je ne dirais pas que c’était de mauvaises expériences mais j’étais déçu au niveau de l’ambiance pour les stades anglais en général. Par exemple, West Ham ou Millwall, où j’attendais un peu plus que ce que j’ai pu voir.

Cela dit, même le Celtic Glasgow en Ecosse j’étais assez frustré de l’expérience.

 

 

4) Comment vois-tu évoluer le phénomène groundhopping à l’avenir ?

 

Tout d’abord, en France, au niveau des tribunes, il y a énormément de répression ces derniers temps et le mouvement ultra a déjà fait de nombreuses concessions.

Il faut donc voir jusqu’où la répression ira, jusqu’où la FIFA décidera d’aller. S’agissant du groundhopping, moi je lui vois plutôt un bel avenir.

Je le vois notamment en Argentine où de plus en plus de gens se déplacent, de plus en plus de potes, de supporters viennent.

Ensuite les personnes en profitent souvent pour aller au Chili, au Paraguay, en Colombie, en Uruguay.

Le groundhopping a vraiment un bel avenir car il existe aussi un aspect touristique et les gens, d’autant plus ceux de notre génération, aiment voyager, notamment grâce aux vols pas chers.

Même pour l’Amérique du Sud, maintenant on peut aller en Argentine pour 600 euros aller/retour, alors qu’auparavant c’était strictement impossible !

Ensuite, je pense que l’avenir du groundhopping dépendra également de ce que font les dirigeants et les différents organismes du football au niveau des tribunes.

Les gens sont effectivement passionnés par les ambiances, le supporterisme et ses différentes cultures, donc si l’on en vient à aseptiser tout cela et à augmenter encore la répression, cela risque d’attirer moins les gens.

 

 

5) Comment concilies-tu cette passion très prenante avec ton travail ou une éventuelle vie de famille ?

 

Au niveau du travail, étant donné que le groundhopping est ma passion, je pose mes congés pour cela car faire du groundhopping c’est aussi des vacances. J’en profite pour faire du tourisme.

Ainsi, avec la vie professionnelle c’est assez facile à combiner, d’autant plus que la plupart des matchs sont le week-end donc même sans poser de congés, on peut aller voir énormément de matchs.

Ensuite, dans le cadre d’une vie de famille, je pense que les deux sont largement conciliables.

A titre d’exemple, j’ai déjà amené ma femme voir un classico de Rosario, des matchs au Paraguay, en Colombie.

Un match dure seulement une heure et demie donc dans le week-end on ne fait évidemment pas que ça.

Même si tu y vas une heure à l’avance et que tu restes un peu après pour voir ce qu’il se passe, cela ne dépassera jamais trois heures dans un week-end et donc pour moi c’est largement combinable. Cela peut même devenir un avantage pour le couple, car ça permet de sortir, de découvrir des villes, des cultures.

Ainsi, même avec un match de foot dans le week-end, il est tout à fait possible de largement profiter de la ville.

 

 

6) Comment cette passion est-elle vue dans ton entourage ?

 

Certaines personnes me prennent un peu pour un fou et se demandent comment ma vie, mes vacances, mes voyages peuvent être axés autour du football.

Lorsque je prends le temps de discuter avec elles et de leur expliquer la façon dont je vis ma passion, elles se rendent finalement compte qu’il n’y a rien de mauvais là dedans et que cela est tout à fait conciliable avec une vie de famille et une vie professionnelle.

Mais très honnêtement, en général, les gens sont davantage admiratifs par rapport à cette passion qui prend aux tripes et au fait que l’argent de poche que je mets de côté passe exclusivement dans cette passion.

La plupart se disent finalement que c’est bien plus sympa d’axer sa vie sur ses voyages et sa passion du football que sur des voitures ou des sorties en boîte de nuit tous les week-ends.

Chaque personne a une passion, mais on peut considérer que le groundhopping est une très belle passion car cela permet de combiner beaucoup de choses, même si évidemment on articule aussi ces choses par rapport au football.

Arthur LEONARD
Passionné de football depuis une époque où l’AJ Auxerre de Djibril Cissé jouait la Coupe d’Europe chaque année, j’ai toujours suivi assidûment l’actualité de ce sport universel. Aimant également écrire, à côté de mes études de droit, c’est avec un immense plaisir que je rédige des articles vous donnant envie d’aller vivre des émotions incroyables dans les stades

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