Olympiastadion, le stade instrumentalisé

« Maintenant encore, les matches du dimanche, dans un stade plein à craquer, et le théâtre, que j’ai aimé avec une passion sans égale, sont les seuls endroits du monde où je me sente innocent ». Ces mots, mis par Albert Camus dans la bouche de Jean-Baptiste Clamence, le héros de La Chute, résument à merveille le rapport presque intime qui me lie au football et à ma présence dans des stades combles s’époumonant pour soutenir leur équipe. Il y a, je crois, quelque chose de profondément étranger à toute autre chose dans le spectacle de tribunes chantant à l’unisson et dans celles de supporters absolument passionnés reprendre avec une discipline presque militaire chorégraphies et applaudissements pour pousser leurs héros ou repousser leurs adversaires.

S’il est vrai qu’il y a assurément, à mon sens, une part de magie féérique dans un stade embrasé que la fusion des fumigènes symbolise à merveille, il est également vrai que le football au sens large et les stades en particuliers peuvent également être le réceptacle de souvenirs douloureux, que l’on aimerait enfouir profondément. A la magie de la communion en vue d’obtenir un but collectif répond la face sombre du football, celle qui donne une face parfois hideuse à ce sport que nous aimons tant. Et si les stades sont le lieu de la communion, ils peuvent également être le symbole de cette part sombre, de cette magie noire en somme, que le foot peut comporter. Pour commencer cette série, l’Olympiastadion de Berlin et son instrumentalisation par le régime nazi.

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